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Il faut revenir l’année prochaine !

Posted 01 Août, 2013 by in Courses0
Il faut revenir l’année prochaine !

L’anti-communiqué de presse Hexis Racing rédigé par Romane Didier et illustré avec les plus belles photos d’Antonin Grenier en version PDF.

Le propre des grandes aventures est de ne pas arriver tous les week-ends, de ne jamais vraiment se dérouler comme prévu et par conséquent d’offrir des émotions uniques à ceux qui ont la chance de les vivre.

Les 24 Heures de Spa constituaient la grande aventure 2013 de l’équipe Hexis Racing, car il s’agissait d’une grande course et il était question de la gagner. L’équipe s’était en tout cas préparée dans cette optique. Les incertitudes concernant son avenir ne pouvaient que décupler une détermination devenue au fil des victoires et des titres une véritable marque de fabrique.

Ce fut aussi une grande fête que des dizaines de milliers de gens ont partagée à des titres divers : public de la parade et de la course, membres des teams, pilotes, médias, officiels et bénévoles sans oublier les fêtards qui se sont enivrés de décibels lors de la grande « party » du samedi soir au pied du célèbre Raidillon.

Personnellement, les 24 Heures de Spa m’ont toujours offert de grands moments de passion depuis ma première visite à Francorchamps. C’était en 1984 et Jaguar avait battu BMW dans une épreuve qui réunissait la fine fleur européenne de la catégorie des Voitures de Tourisme. 29 ans après, je suis heureuse et fière de l’avoir vécue au sein de l’équipe Hexis Racing. La réussite n’a pas été au rendez-vous mais ces quelques jours passés avec ce team extraordinaire resteront pour moi un formidable souvenir.

La semaine commence par la parade du mercredi après-midi, un moment de détente et de rencontre avec le public qui est présent tout au long des huit kilomètres séparant Francorchamps de Spa. Les GT sont des voitures de course dérivées de la série, elles peuvent donc faire le trajet par la route vers le centre ville. Elles sont alors rassemblées à proximité du casino, où la foule se presse en masse. Le sport automobile est dans la ville : cela signifie qu’il a droit de cité. Courir sur des circuits créés de toute pièce au milieu de nulle part, c’est bien, mais il est important d’apprécier l’accueil et la bienvenue des habitants d’une ville à laquelle notre sport a beaucoup apporté depuis près d’un siècle.

Les voitures font ensuite le chemin inverse, avec parfois quelques surprises parmi les équipages ! Ainsi, dans la McLaren n°7, le technicien Pierre Comby était copiloté par Alexander Sims. Au retour de la balade, il faut toutefois sortir le fil de pèche et les balances de réglage afin de remettre les voitures en configuration « piste ». L’utilisation de routes ouvertes impose en effet de relever la hauteur de caisse pour ne pas endommager le fond plat ou le splitter sur une imperfection de la chaussée.

En observant chacun mener à bien les derniers préparatifs avant l’épreuve du chrono, je me réjouis du choix de l’équipe qui a préféré s’installer dans les anciens boxes chargés d’histoire, à la sortie de la pitlane, face au Raidillon. Loin du confort des stands F1, du media center et des loges luxueuses, le cœur du circuit bat encore ici. Certes les garages sont minuscules, mais il était possible d’en obtenir quatre et, finalement, entre autres avantages, de travailler plus à l’aise.

Je suis également bluffée par l’idée de ne pas édifier la « cabane » du management du team, comme tout le monde, le long du pitwall. A quoi bon en effet rester à un mètre de la piste, là où les voitures passent à plus de 200 km/h ? Les ordinateurs et écrans de contrôle ont été disposés dans un des quatre boxes, à l’abri d’une éventuelle tempête, à proximité des membres de l’équipe, avec vue imprenable sur le Raidillon. L’inventivité n’est décidément pas la moindre qualité d’une équipe qui sait remettre ses modèles en question.

La journée de jeudi fut, pour moi, la plus enthousiasmante. Entre deux bouffées de la chaleur lourde qui aura marqué cette fin juillet ardennaise, on allait enfin voir les 66 voitures à l’œuvre. Chacun était impatient d’évaluer le potentiel de chaque modèle, de déceler quelle équipe allait être en mesure d’en tirer le meilleur parti.

A la mise en jambe des essais libres matinaux succéda l’ultime échauffement des préqualifications. Tout le monde était en ordre de bataille pour une première séance qualificative qui tint toutes ses promesses au niveau du spectacle. La deuxième séance, disputée jusqu’à minuit sous la pleine lune, fut tout aussi captivante. Les « recalés » du top 20 cherchaient désespérément les dixièmes de seconde manquants pour être admis à prendre part à la séance de superpole du vendredi soir. Sur une piste salie, grasse et poussiéreuse à souhait, bien peu y parvinrent.

Dans le clan McLaren, l’équipe Hexis Racing affichait la satisfaction du devoir accompli. 8ème au cumul des premières qualifications, elle n’avait pas rencontré de problèmes techniques et dominait allègrement les autres MP4-12C, comme elle l’avait fait à Silverstone et au Paul Ricard. La plus proche était la Von Ryan que se partageaient Bruno Senna, Rob Barff et l’essayeur maison Chris Goodwin. Elle pointait en 28ème position à plus d’une seconde ! Apparemment, les options de set-up définies par l’ingénieur Gautier Bouteiller fonctionnaient à merveille et Alvaro Parente avait encore fait étalage de tout son talent.

La deuxième voiture du team, la #107 engagée dans la catégorie « Pro-Am », était plus en retrait au 44ème rang mais la tendance était au progrès sensible depuis le début des essais. Après tout, pour sa première course dans la discipline et ses débuts au volant de la MP4-12C, Côme Ledogar n’avait rendu que 53 centièmes à Senna et 27 au pilote officiel McLaren GT Rob Bell au volant de la voiture du Gulf Racing.

Toutefois, en côtoyant l’équipe de près, en observant les expressions du visage de son team-manager Philippe Dumas, on pouvait déceler une pointe de résignation, confirmée le lendemain lors de la superpole. En hissant sa McLaren à la 10ème place de la grille de départ définitive, l’équipe et son pilote de pointe avaient fait le job. Ils avaient tiré le maximum de la voiture mais on ne parlait plus de victoire. L’objectif était revu à la baisse, le top 5 devenait l’horizon réaliste. Il allait falloir réussir un parcours sans faute et compter sur la défaillance de l’adversaire pour décrocher une place sur le podium.

La course a néanmoins débuté comme un conte de fées pour Hexis Racing. Alvaro Parente évite magistralement le chaos du premier passage dans le Raidillon, quand la Ferrari d’Alessandro Pier Guidi part en tête à queue devant tout le peloton. Quelle divine surprise pour moi de le voir arriver aux Combes en 3ème position ! Le pilote officiel McLaren GT réalise un relais de toute beauté en restant dans le Top 3 pendant toute la première heure de course.

Mais le sort ne va pas tarder à s’acharner sur l’équipe française. La n°7 perd 18 tours à cause d’une cosse de câble d’alternateur. La 107 en concède huit quand la pédale de freins reste bloquée au plancher. Ces interventions, réalisées en pleine canicule sur des bolides chauffés à blanc, mettent la résistance du staff à rude épreuve. Malgré ce coup de chaud et ce double coup de massue pour le moral des troupes, tout le monde repart au combat. Pour terminer, pour marquer des points au championnat, le jeu en valait toujours la chandelle…

…Jusqu’à la 7ème heure de course, quand Alexander Sims s’accroche avec une autre voiture au bus stop. Il ramène la n°7 très endommagée à son stand. La réparation est entreprise mais plus on démonte, plus on s’aperçoit que les dégâts sont importants. Le renoncement ne fait pas partie du dictionnaire chez Hexis Racing, mais Philippe Dumas n’a pas d’autre choix que de signer la feuille d’abandon.

Heureusement, il reste la 107 qui tourne comme une horloge Blancpain et gagne régulièrement des places. 49ème après trois heures, elle revient dans le Top 30 à la mi-course. Le team m’autorise à écouter les communications radio avec le pilote. J’entends les échanges sur le suivi de la consommation, l’évolution de l’état de la piste quand la pluie fait une courte apparition et les encouragements de Philippe Dumas pendant les difficiles doubles relais.

Vers 5 heures du matin, je décide alors de faire une pause de deux heures à l’hôtel tout proche. Peu après, la 107 s’arrête définitivement sur le circuit. Au réveil, c’est mon collègue d’Auto Hebdo qui m’apprend la douloureuse nouvelle par SMS.

On pourrait écrire un long couplet sur la déception, bien compréhensible, de chaque membre du team, sur les litres de sueur, sur les heures de travail dépensées pour en arriver là. Pour sa deuxième course de 24 Heures, Hexis Racing a brillé mais n’est pas allée au bout de son rêve et il n’est jamais facile de redescendre d’un si beau nuage. Les plus grands teams, les usines les mieux armées, les pilotes les plus aguerris sont passés par là. L’important est d’avoir tout donné, d’avoir courageusement affronté chaque difficulté et surtout… de revenir l’année prochaine !

Romane Didier

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